2010

11/01

Frédéric Lagrange
(Université Paris Sorbonne-Paris IV)

« Islam de plaisir et Islam d'interdits »

 

Lundi 11 janvier, 18h

Lagrange

Résumé

Un courant éditorial fait de l’islam le lieu de l’interdit, de la négation des corps, de la hantise du désir. Femmes invisibles, sexualité réprimée, amoureux pourchassés, homosexuels suppliciés seraient l’essence de ces cultures. Un discours contraire, visant à la réhabilitation de l’islam auprès du public occidental et son inscription dans un hédonisme mondialisé, exalte la sensualité des cultures musulmanes, leur célébration de la jouissance, leur érotologie qui a longtemps troublé les sens de l’Europe pudibonde, les vapeurs du hammam, les couples d’amants mythiques et les poètes jouisseurs et sacrilèges, amateurs de vin et d’éphèbes. Parfois ces clichés essentialistes sont combinés pour créer un fantasmatique avant/après, et l’on pleure sur les délices perdus des Mille et une nuits, recouverts par la chape de plomb de l’islamisme moderne et du littéralisme borné. Comment démêler l’écheveau des représentations, faire la part de ce qui ressortit à un discours théologique et ce qui émane des si diverses cultures qui se sont réclamées et se définissent encore aujourd’hui par l’islam?  Cet essai vise à faire le point sur les recherches récentes dans le domaine de la sexualité en terre d’islam, des lectures féministes aux apports récents des gender et gay&lesbian studies, et à montrer la complexité des représentations et des scénarios comportementaux s’offrant aux individus dans ces cultures multiples reliées par leur référence à une même Loi.

 

Bio/Bibliographie

Frédéric Lagrange (1964) est Maître de Conférences HDR en langue et littératures arabes à l'Université de Paris-Sorbonne. Ses domaines de recherche sont les gender studies appliquées à la littérature arabe classique et moderne, l'analyse socio-linguistique des textes littéraire modernes, et l'histoire de la musique au Proche-Orient moderne et contemporain. Il a publié des traductions d'auteurs classiques comme Tawhidi, ou modernes comme Hoda Barakat et Khayri Shalabi. Son essai "Islam de plaisirs, islam d'interdits" est paru en 2008 chez Téraèdre.

 


10/02

Julie De Ganck
(ULB)

« En quête de sexe : Réactions face aux anomalies sexuelles et à l'hermaphrodisme en Belgique contemporaine, 1830-1914 »

 

mardi 10 février, 18h

De Ganck

Résumé

Depuis une dizaine d'années l'histoire de l'hermaphrodisme a été étudiée dans une perspective de genre. Ces travaux ont montré toute la complexité de la définition du sexe en médecine occidentale en l'absence d'un critère biologique unique pour le déterminer assurémment. L'histoire de l'hermaphrodisme met donc en question la primauté du sexe sur le genre dans la lignée des travaux de Judith Butler. La question de la définition du sexe « normal » est ici abordée dans une perspective historique en élargissant le cadre d'analyse aux anomalies sexuelles en général, qu'elles induisent ou non un doute sur le sexe. La présentation se base sur mon mémoire d'histoire contemporaine sur le sujet. L'exposé portera sur différentes facettes du traitement des problèmes liés aux organes génitaux en médecine belge en abordant successivement trois thèmes. Le premier aura trait aux opérations de « correction » des organes génitaux au 19ème siècle sur base d'articles d'époque. J'analyserai la manière dont le « régime de genre » dirige les demandes des patient-e-s et conditionne les réponses apportées par les médecins. Le second thème sera constitué par la vaste thématique de l'hermaphrodisme. Après avoir expliqué le contexte international et cadré le sujet au sein de sa période, je pointerai les différentes réflexions qu'eurent les auteurs belges lorsqu'ils furent confrontés à des hermaphrodites. Le troisième volet retracera un débat ayant eu lieu au cours de la dernière décennie du 19ème siècle à propos des opérations de castration pratiquées sur les femmes au sein de la Société belge de gynécologie belge. La conclusion tentera de résoudre la question suivante : qu'est-ce que la monstruosité du sexe ? Avoir un sexe difforme, méconnaissable ou amputé sont des situations différentes posant des questions éthiques spécifiques au corps médical, mais ces sexes participent tous de la figure du monstre. Etudier les limites que ces sexes franchissent permet de tracer les contours d'un sexe « normal » qui fait la règle en silence.

 

Bio/Bibliographie

Détentrice d'un master en histoire contemporaine à l'Université libre de Bruxelles, julie De Ganck est l’auteure d’un mémoire intitulé : « En quête de sexe. Réactions médicales face aux anomalies sexuelles et à l'hermaphrodisme en Belgique contemporaine (1830-1914) ».

 


02/03

En collaboration avec le Laboratoire d’Anthropologie des Mondes Contemporains

Niko Besnier
(Universiteit van Amsterdam)

« Corps masculin, capitalisme, et mondialisation : Les rugbymen polynésiens au Japon »

 

mardi 2 mars, 18h

 

Résumé

Le corps a longtemps été compris dans les sciences sociales comme un pivot entre la subjectivité et les structures sociales dans lesquelles le sujet est incorporé. Quand ces structures sociales acquièrent une envergure mondiale, la situation devient beaucoup plus compliquée et intéressante. Cette analyse cherche à saisir cette complexités en se penchant sur le cas des joueurs de rugby polynésiens (surtout tongiens) recrutés par des clubs professionnels de rugby japonais. En Polynésie occidentale, le rugby , masculinité et l’esprit national sont synonymes, mais la possibilité de se lancer dans une carrière de rugbyman n’existe pas. Au Japon, en revanche, le rugby est un sport mineur mais qui pourtant offre la possibilité d’un travail rémunéré, dans les limites de la productivité du corps athlétique. Basée sur une étude ethnographique multisite, cette étude explore les effets, pour le sujet et tous ceux qui l’entourent, de la transformation du corps athlétique en marchandise dans un contexte de circulation mondiale.

 

Bio/Bibliographie

Niko Besnier est professeur d’anthropologie culturelle à l’université d’Amsterdam. Il a enseigné auparavant à la University of Illinois, Yale University, Victoria University of Wellington et UCLA. En 2009, il a été chercheur invité à Waseda University à Tokyo. Basés sur des travaux ethnographiques qu’il conduit depuis trente ans dans les îles du Pacifique, ainsi qu‘au Japon, ses publications récentes portent sur la constitution de l’identité au croisement des tensions entre la localité et la mondialisation, ainsi que sur le rôle du corps en temps que médiateur de la condition moderne. Il a aussi écrit sur la relation entre le comportement langagier et les structures de pouvoir. Son dernier livre, Gossip and the Everyday Production of Politics, a été publié par la University of Hawai’i Press (2009). Un manuscrit intitulé On the Edge of the Global : Modern Anxieties in a Polynesian Island Nation, est été soumis pour publication.

 


15/03

Oscar Guasch
(Universitat de Barcelona)

« Masculinités et homophobie : une histoire espagnole »

 

Lundi 15 mars, 18h

Guasch

 

Résumé

Il existe plusieurs formes d’homophobie. Dans cette conférence, deux seront explorées : l’homophobie simple et l’homophie complexe. L’homophobie simple est basée sur l’orientation sexuelle et sur les pratiques sexuelles. L’homophobie complexe est basée sur le genre et affecte tous les hommes, indépendament de leurs pratiques ou préférences sexuelles. En Espagne, le terme irrespectueux de marica est utilisé tantôt afin d’insulter les hommes homosexuels, tantôt pour injurier les hommes qui ne seraient pas à l’hauteur en tant qu’hommes. Cette conférence explore la construction sociale de l’homosexualité masculine en Espagne et les transformations engendrées par la démocratie dans cette construction, tant parmi les homosexuels que l’ensemble de la population, se traduisant notamment par l’adoption et l’hégémonisation d’un mode de vie « gay ». Oscar Guasch étudie aussi le mouvement gay pour montrer combien il est centré sur la lutte contre l’homophobie simple. Par contre, il n’existe pas encore, en Espagne, de groupes d’hommes organisés afin de combattre l’homophobie complexe.

 

Bio/Bibliographie

Oscar Guasch est licencié en histoire et est docteur en anthropologie sociale. Il est professeur de sociologie à l’Université de Barcelone. Il a été professeur invité aux Universités de Montpellier, Lisbonne, Buenos Aires, Caracas et Morelos (Mexique). Ses domaines de recherche portent sur les identités masculines, l’homophobie, la santé sexuelle et l’histoire de l’hétérosexualité. En outre, il est spécialiste en méthodologie qualitative dans la recherche en sciences sociales. En ce moment, il travaille dans un projet sur la prostitution masculine dans le contexte espagnol. Il a notamment publié une trilogie sur la sexualité : La Sociedad Rosa (Anagrama), La crisis de la heterosexualidad (Laertes) et Héroes, científicos, heterosexuales y gays (Bellaterra), ainsi qu’un manuel de référence sur les méthodologies dans la recherche en sciences sociales.

 

 


06/05

Pierre Verdrager
(chercheur indépendant)

« La sociologie à l'épreuve de l'homosexualité ordinaire »

 

Jeudi 6 mai, 18h

Salle Janne

Verdrager

Résumé

"La vie ordinaire a toujours constitué le centre de mes préoccupations sociologiques. Quels que soient les terrains investis, depuis la critique littéraire jusqu’à l’identité homosexuelle, c’est toujours vers elle que s’est tourné mon regard. Pour peu qu’on veuille lui rendre convenablement justice, l’ordinaire exige beaucoup de dextérité dans la description et dans la méthode. Or les sciences sociales, tout particulièrement lorsqu’elles s’inscrivent dans la tradition critique, ne sont pas forcément bien préparées pour rendre compte du discours et de l’expérience ordinaires. Cela n'est peut-être jamais si vrai que dans le champ de l'homosexualité où la parole et l'expertise ont été, pour une bonne part, monopolisées par les élites. Pourquoi et comment parler de l’homosexualité ordinaire ?, tel sera donc l’objet de mon propos."

 

Bio/Bibliographie

Chercheur indépendant, Pierre Verdrager est l’auteur de trois livres : Le Sens critique. La réception de Nathalie Sarraute par la presse (2001, L’Harmattan, « Logiques sociales ») ; L’Homosexualité dans tous ses états (2007, Les Empêcheurs de penser en rond/Seuil) ; Ce que les savant pensent de nous et pourquoi ils ont tort. Critique de Pierre Bourdieu (mars 2010, Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte).

 


20/05

Séminaire autour de la conférence de David M. Halperin

"Prévention et sexualité gay :

entre prévalence et autonomie"

JE gay

Jeudi 20 mai 2010

Institut de Sociologie
(salle Henri Janne, 15 étage)

Entrée libre

JE gay affiche

JE gay programme1

JE gay programme2

Responsable : Laurent GAISSAD

Journée organisée par l’Atelier Genre(s) et Sexualité(e), avec le concours du Groupe de Recherche sur l’Action Publique (ULB) et de l’Observatoire du Sida et des Sexualités (FuSL)

 

Présentation

À l’occasion de la venue de David M. Halperin à Bruxelles autour de son dernier livre What do gay men want ? An essay on sex, risk, and subjectivity (The University of Michigan Press, 2007)*, cette journée se veut une occasion de faire le point sur l’actualité socio-anthropologique et politique des questions liées à l’homosexualité masculine en temps d’épidémie. Au lendemain d’une période dite de normalisation du sida (depuis l’arrivée des traitements antiviraux hautement actifs en 1996), l’urgence à contrer ce que certains commentateurs perçoivent comme une rechute (relapse) des comportements à risque chez les gays a conduit, en particulier, à une remédicalisation des conduites, à nouveau saisies au prisme de la psychologie et du droit. L’émergence du bareback, comme objet médiatique et point de cristallisation de débats et de conflits, viendra troubler à la même période les optiques préventives révélant brutalement la complexité d’une gestion « raisonnée » de la sexualité et des risques.
Ayant fait l’objet d’un avis de la Commission fédérale suisse pour les problèmes liés au sida  en 2008, et reconnue par le Conseil National du Sida français en 2009, l’efficacité des traitements en termes de moindre infectiosité des séropositifs, donne aujourd’hui à repenser la prévention. Dans ce contexte, la confrontation des toutes dernières enquêtes épidémiologiques menées en Europe à l’appropriation de leurs résultats par des collectifs d’hommes gays séropositifs sera abordée lors de cette journée, aussi bien pour son intérêt méthodologique que pour ses enjeux en termes d’action publique.

Comment rendre compte dès lors de la fabrique des expertises dans différentes arènes (politiques, scientifiques, militantes, intimes) ? Quelle est la portée éthique et méthodologique des enquêtes qui les soutiennent ? Enfin, comment penser l’autonomie nécessaire à la réduction des risques sexuels à l’heure d’un tournant pénal et d’une approche psychologique qui simultanément s’en prévalent ?

 

* HALPERIN D., Mais que veulent les hommes gays ? Sida et subjectivité, à paraître en 2010.

 

Programme

Matinée

09h30    Accueil et allocution d’ouverture.

Discutant : Vincent DOURIS, Sidaction (FR)

10h00    Annie VELTER, Institut National de Veille Sanitaire, Paris. L’enquête Prévagay : Questions de méthode et résultats d’une plongée épidémiologique in vivo à Paris.

10h20    Wim VAN DEN BERGHE, Institut de Médecine Tropicale, Anvers. FAQ IT : Une étude de prévalence du VIH dans le milieu gay en Flandres (Anvers, Gand)

10h40    Tom PLATTEAU,  Institut de Médecine Tropicale, Anvers.  Outreach testing: Breaking down barriers of HIV/STI testing.
11h00    Questions et débat
12h00    Repas

 

Après-midi

Discutante Marta ROCA i ESCODA, GRAP-ULB

13h30            Jean-Yves LE TALEC, Université de Toulouse le Mirail, Toulouse. Le bareback. Réflexion socio-historique sur une notion écran.

13h50            Erwin ABBELOOS et Olivier JABLONSKI, The Warning, Paris & Bruxelles. Autour du rapport Lert-Pialoux. L'avant et l'après d'une révolution du modèle préventif.

14h10            Charlotte PEZERIL, Observatoire du Sida & des Sexualités, et Laurent GAISSAD, LAMC-ULB, Bruxelles. La séropositivité entre santé sexuelle et pénalisation.

 

14h40    Pause café

 

15h00    Questions et débat

16h00            Vladimir MARTENS, Observatoire du Sida et des Sexualités, Bruxelles. Eléments de synthèse et mises en perspectives pour la recherche et l’action.

16h30 Clôture

 

18h00           Conférence de David HALPERIN, University of Michigan
                   « Mais que veulent les hommes gais ? Sida et subjectivité »

Introduit par David PATERNOTTE, FNRS-ULB.

Discutant : Rudi BLEYS, chercheur indépendant, Anvers.

Comité d'organisation: Laurent Gaissad, Marta Roca i Escoda, Cathy Herbrand, David Paternotte, Annalisa Casini

 

Autour de la conférence

David Halperin
(University of Michigan)


« Mais que veulent les hommes gays ? Sida et subjectivité »

Jeudi 20 mai, 18h

Halperin

 

Résumé

Les homosexuels sont-ils malades ? Depuis la libération gaye, la réponse éclairée à ces question a été un non éclatant. Mais les temps ont changé. De récents efforts pour analyser les motivations des hommes gays à prendre des risques dans le contexte de l’épidémie de vih/sida ont conduit à la renaissance de la pensée médicale sur l’homosexualité et ont insufflé une nouvelle vie aux clichés punitifs sur l’estime de soi prétendument faible des hommes gays, le manque d’autocontrôle et des « déficits » psychologiques variés. Cette conférence offre un autre langage pour décrire les vies intérieures des hommes gays. A travers la lecture provocatrice et souvent remuante d’auteurs comme Marcel Jouhandeau ou Jean Genet, elle montre comment la longue histoire des usages de l’« abjection » par les hommes gays peut fournir des modèles alternatifs, non moralistes, pour penser la subjectivité gaye masculine.

 

Bio/Bibliographie

David M. Halperin est W. H. Auden Collegiate Professor d’histoire et de théorie de la sexualité à l’University of Michigan à Ann Arbor (Etats-Unis), où il enseigne aussi la langue et la littérature anglaise, les women studies, la littérature comparée et les études classiques. Il est le coéditeur de Before Sexuality (1990), The Lesbian and Gay Studies Reader (1993), and Gay Shame (2009). Il a participé à la fondation et codirigé pendant quinze ans la revue GLQ:  A Journal of Lesbian and Gay Studies. Ses nombreux livres comprennent Saint Foucault (1995), How to Do the History of Homosexuality (2002), What Do Gay Men Want? (2007; 2d ed. 2009) et How To Be Gay (en cours de publication).

 

 

31/05

Soirée de discussion

"On ne devient pas homo, on l'inné?"

L'actualité d'un vieux débat

Lundi 31 mai, 18h (Salle Janne)

Balthazart  Dorais

A partir de leurs ouvrages récents, Michel Dorais et Jacques Balthazart discuteront avec le publique autour des implications (potentialités et écueils) de la mise en politique des arguments biologiques concernant l'homosexualité.  

 


20/09

En collaboration avec le Laboratoire d’Anthropologie des Mondes contemporains (LAMC)

Laurence Hérault

(Université d’Aix-en-Provence)

« Thomas Beatie,  le mari enceint »

Lundi 20 septembre, 18h
Salle Henri Janne (15ème étage)
Institut de Sociologie

Herault

Résumé

En mars 2008, The Advocate, un magazine gay et lesbien américain, publiait un article intitulé « Labor of love. Is society ready for this pregnant husband ? ». Dans cet article, un homme transgenre, Thomas Beatie, annonçait qu’il était enceint d’une petite fille attendue pour le mois de Juillet. Son histoire a fait ensuite assez rapidement le tour du monde avec une manchette mille fois reprise : « le premier homme enceint du monde ». Avec Thomas Beatie, c’est donc le corps transsexué procréateur qui se manifeste et cette émergence vient poser, à nouveau, la question de la définition des genres et de la constitution sexuée des corps. La conférence explorera les différents aspects de cette expérience singulière et de sa réception.

 

Biobibliographie

Laurence Hérault, anthropologue, est maîtresse de conférences à l’Université d’Aix-Marseille et membre de l’Institut d’ethnologie européenne, méditerranéenne et comparative. Ses travaux portent sur les expériences transgenres. Elle a publié récemment : « Transgression et désordre dans le genre : les explorateurs français aux prises avec les « berdaches » amérindiens », Etnográfica 14(2), 2010, 337-360.

 


05/10

Wannes Dupont

(Universiteit Antwerpen)

« "Il faut reconnaître que cette perversion particulière est moins fréquente en Belgique". Le paradoxe des homosexualités belges à la Belle Époque »

 Mardi 5 octobre, 18h
Salle Henri Janne (15ème étage)
Institut de Sociologie

Dupont

 

Résumé

Le début de l'histoire des (homo)sexualités s’est caractérisé par une tendance téléologique à penser l’histoire homosexuelle en tant que libéralisation progressive. Même si l'analyse post-foucauldienne a permis de se distancier de ce cadre freudo-marxiste un peu naïf, les études critiques d'une modernité (homo)sexuelle confirment souvent l’idée d’un particularisme occidental, qui oppose cette modernité européenne à une authenticité non précisée (et rhétoriquement confortable). L'idée, par exemple, que l'Europe de la seconde moitié du dix-neuvième siècle aurait vu l'émergence simultanée et pancontinentale d'une invention discursive de l'homosexualité en tant que (pré)disposition psychosomatique apparait fréquemment dans l'historiographie.
Or, les cas jusqu'ici peu explorés comme celui de la Belgique suggèrent que cette invention dite occidentale n'a pas été aussi cohérente et aussi généralisée. En effet, la « fin de siècle » dans ce pays, qui était pourtant très « moderne » pour l’époque, n'a pas connu de préoccupations discursives pour les « perversions » comparables à celles de ses voisins, notamment en France (alors très influente en Belgique).
Cet exposé démontrera, à partir d'une exploration du milieu « pédéraste » bruxelloise de la Belle Époque, que des conditions historiques assez semblables n'ont pas abouti à une modernité homosexuelle univoque
.

 

Biobibliographie

Wannes Dupont (1983) a étudié l'histoire culturelle du Moyen-Âge à l'Université d'Anvers. Depuis 2007, il fait partie du Centre d'Histoire Politique et prépare une thèse sur les homosexualités masculines à Bruxelles (1867-1967) dans le cadre d'un projet du Fonds Flamand de la Recherche Scientifique (FWO Vlaanderen). Il a récemment coordonné la conférence Sexual Modernity, coorganisée avec Yale University (Pr. George Chauncey). Il a notamment coordonné un numéro spécial de Belgisch tijdschrift voor nieuwste geschiedenis = Revue belge d'histoire contemporaine (2008) sur l’histoire de la sexualité contemporaine en Belgique (avec Henk de Smaele)

 


21/10

Cédric le Bodic

(Université de Nantes)

« La femme est un criminel pas comme les autres »

Jeudi 21 octobre, 18h
Salle Doucy (12ème étage)
Institut de Sociologie

LeBodic

Résumé

Le traitement de la différence des sexes en matière de crime et plus précisément de crime sexuel tend à reproduire les deux modèles mis en avant par Thomas Laqueur au sujet du sexe. D’un côté, nous observons une application des savoirs produits par les hommes sur les hommes criminels aux femmes criminelles (différence homologique) et, de l’autre une volonté d’établir des théories spécifiques aux femmes criminelles (différence radicale). Cette construction des savoirs permet de constater, quel que soit le mode de lecture entrepris, que la femme criminelle est toujours conçue relativement à l’homme criminel. Ce dernier sert de norme et permet à de nombreux auteurs de postuler une moindre criminalité, une résistance au crime, une a-criminalité de la part des femmes. La conséquence immédiate de cette conception étant de situer (paradoxalement) la norme du côté de ceux qui transgressent le plus les interdits pénaux et du même coup de faire de la criminalité des femmes un cas spécifique. Or si cette spécificité peut s’entendre selon certains points de vue, statistique par exemple, elle reste discutable par ailleurs, en psychologie notamment.

 

Biobibliographie

Cédric le Bodic est docteur en psychologie. En 2006, il a soutenu sa thèse intitulée « Deux paradigmes pour une rencontre manquée. Approches de la différence des sexes et leur mise en examen exploratoire en criminologie ». Il a publié des articles sur le sujet dans diverses revues (Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, 2006, Psychologie clinique, 2009, L’évolution psychiatrique, 2010). Depuis 2008, il est ingénieur de recherche contractuel au sein du Groupe d’échanges et de recherches sur la médecine et la santé en sciences humaines et sociales (GERMES-SHS), projet hébergé à la Maison des sciences de l’homme Ange-Guépin à Nantes. Il travaille actuellement sur le statut de la masturbation et de l’imagination au sein du discours médical, particulièrement aux 18e et 19e siècles (Sexologies, Revue européenne de sexologie et de santé sexuelle, 2009). Recherches qui s’inscrivent dans un projet plus large portant sur le non médical en santé et ayant donné lieu aux journées d’étude Proscrire-prescrire, présence d’enjeux non médicaux dans les questions de santé (Novembre 2009).

 


06/12

Véronique Mottier

(Jesus College, University of Cambridge/Université de Lausanne)

« Sexuality, Politics and the State: A Comparative Analysis of Eugenic Policy-Making »

Lundi 6 décembre, 18h
Salle Henri Janne (15ème étage)
Institut de Sociologie

Mottier

Résumé

This talk focuses on a specific area of public policy-making in the area of sexuality: eugenic policy-making in various European countries (1920s-1970s). More precisely, a historical analysis of eugenic policy-making will serve as a basis for theorising the role of the state in regulating and policing the reproductive sexualities, sexual practices, and sexual identities of its citizens, as well as examining the complex relations of power around sexuality, gender, ‘race’, and the state. Exploring the links between sexuality, politics and the state will lead me to argue that the notion of the state itself needs conceptual unpacking, as I shall demonstrate.

 

Biobibliographie

Véronique Mottier is Fellow and Director of Studies in Social and Political Sciences at Jesus College, Cambridge as well as part-time Professor in Sociology at the University of Lausanne. Her books include Sexuality (Sterling, 2010), Sexuality: A Very Short Introduction (Oxford University Press, 2008), and the co-edited Pflege, Stigmatisierung und Eugenik (2007), Genre et politique (Gallimard, 2000), and Politics of Sexuality: Identity, Gender, Citizenship (Routledge, 1998).