2009

27/01

Josephine Hoegaerts

(KULeuven)

"Boys & voice: soundscapes of masculinity in the nineteenth century"

Hoegaerts

 

Résumé

The late nineteenth century is in many ways a time that gave masculinity a ‘new’ voice: it is not only the period in which the castrato was replaced with the Heldentenor on European opera stages, but also the era in which the call for universal male suffrage grew ever louder. Not surprisingly, different ‘schools of masculinity’ gave much attention to the construction of the male voice. In boy’s schools as well as in the army, boys and young men were not only taught to listen in silence, but also trained to make their voice reverberate within their small world. And thus specific, heavily gendered, soundscapes were created in which equally specific identities were forged. Within the confines of the barracks and the school, sound and space worked together to discipline inhabitants. However, both the physical and the aural space were also prone to rebellion and bricolage, allowing boys to sing their compliance as well as their resistance to model-narratives of masculinity.

 

Bio/Bibliographie

Josephine Hoegaerts (University of Leuven) studied history at the  universities of Leuven, Bielefeld and British Columbia. She has  published on the history of masculinity in the context of  nineteenth century divorce practice and is currently preparing a  dissertation on "Spaces and sounds of masculinity in the nineteenth century nation". Publications include: " 'Sous l'empire de la  jalousie'. De constructie van gehuwde mannelijkheid in  laatnegentiende-eeuwse echtscheidingsprocedures in Vlaanderen: een  casestudie", Tijdschrift voor Genderstudies, 2006 – 3, "Legal or  just? Law, ethics and the double standard in the nineteenth-century  divorce court", Law and History Review, 26, 2, 2008 and « Domestic heroes : Saint Nicholas and the catholic family father in the  nineteenth century », Journal of Men, Masculinity and Spirituality,  2009 (accepted for publication).

 


23/02

Louis-Georges Tin

(Université d'Orléans) 

"Comment peut-on être hétérosexuel ?"

Tin

 

Résumé

Point de vue sur le monde, l'hétérosexualité est en général le point aveugle de toute vision. Cette conférence a donc pour vue de poser la question hétérosexuelle, et plus encore de la faire sortir de "l'Ordre de la Nature" pour la faire entrer dans "l'Ordre du Temps", c'est-à-dire dans l'Histoire.

 

Bio/Bibliographie

Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, Louis-Georges Tin est aujourd'hui maître de conférences à l'Université d'Orléans. Spécialiste de la littérature de la Renaissance, il travaille également dans le domaine de l'histoire de la sexualité. Il a publié plusieurs ouvrages dont Homosexualités : expression/répression (Stock, 2000), Dictionnaire de l'homophobie (PUF, 2003), l'Anthologie de la poésie du20XVIe siècle (Gallimard, 2005), et tout récemment, L'Invention de la culture hétérosexuelle (Autrement, 2008). Par ailleurs, Louis-Georges Tin est le fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, célébrée dans une cinquantaine de pays à travers le monde, et reconnue officiellement par l'Union européenne, la Belgique, le Royaume-Uni, la France, le Mexique, le Costa-Rica, etc. Il a lancé en 2006 la campagne "pour une dépénalisation universelle de l'homosexualité", qui a abouti à une Déclaration à l'Assemblée Générale des Nations Unies le 18 décembre dernier. Depuis 2005, il est aussi porte-parole et vice-président du CRAN, le Conseil Représentatif des Associations Noires. Ces engagement divers ont été couronnés par plusieurs prix internationaux : le Tupilak Award (Stockholm, 2006), le Grizzly Award (Moscou, 2006), le Tolerantia Award (Berlin 2006).

 


05/03

Nadia Monacelli
(Università di Parma, Italie)

"De la collaboration au partage des tâches familiales : une transition difficile"

Monacelli

 

Résumé

En dépit des efforts déployés par les pays membres de l’Union Européenne en matière de politiques d’égalité visant à promouvoir une participation symétrique des hommes et des femmes tant sur le marché du travail que dans la vie familiale, la question de la participation différenciée au travail productif et reproductif en fonction du genre demeure très actuelle. Traversant les frontières culturelles et politiques, elle semble même se dessiner comme une question éternelle (Pomeroy, 1975) et universelle (Hirata et al., 2004, Hirata, 2008). Cette tendance est par ailleurs confirmée par les nombreuses recherches montrant que, malgré une adhésion diffuse au principe d’égalité entre hommes et femmes, le travail domestique continue à peser quasi exclusivement sur les femmes (Humble et al. 2008;  Mursula et al., 2006).
 A travers la présente recherche nous nous sommes proposés d’investiguer, parmi une population différenciée en fonction de l’âge (717 Adultes, moyenne d’âge=42 ans ; 230 jeunes, moyenne d’âge=18 ans) et du sexe (50% de femmes), les systèmes de croyances et de valeurs qui accompagnent le maintien de l’asymétrie des rôles traditionnels dans la répartition des tâches domestiques. La typisation du travail domestique a été étudiée sur deux niveaux distincts d’abstraction : sur le plan concret, nous avons demandé aux participant-e-s de décrire « qui fait quoi » dans leur vie quotidienne. Sur le plan abstrait, il leur a été demandé d’indiquer quelle devrait être la division des activités domestiques dans un ménage commun idéal. Parallèlement, nous nous sommes intéressés aux systèmes des valeurs et des croyances auxquelles les personnes se réfèrent pour donner du sens à la diversité et à l’asymétrie des rôles de genre dans la vie professionnelle et domestique. Enfin, nous avons étudié les liens entre ces systèmes explicatifs et les représentations de la division idéale du travail domestique.
De manière plutôt inattendue, les résultats montrent une correspondance marquée entre la description de la répartition des tâches domestiques sur le plan concret et celle proposée comme répartition idéale de ces mêmes tâches, et ceci par l’ensemble des participant-e-s. Enfin, bien que ces derniers/ères se réfèrent à des systèmes de significations différenciés pour justifier la différente participation des hommes et des femmes dans les domaines du travail productif et reproductif, ces différentes positions n’influencent pas leur conception de la division du travail domestique dans un monde idéal.

Barnett R. C.,Shen Y. (1997). Gender, high- and low-schedule-control housework tasks, and psychological distress: A study of dual-earner couples. Journal of Family Issues18, 403-428.
Baxter J. (2000). The joys and justice of housework. Sociology, 34, 609 - 631.
Brayfield, A. A. (1992). Employment resources and housework in Canada. Journal of Marriage and the Family54, 19-30.
Coltrane S. (2000). Research on household labor: Modeling and measuring the social embeddedness of routine family work. Journal of Marriage and the Family62, 1208-1233.
Coverman S. (1985). Explaining husband’s participation in domestic labor. Sociological Quarterly, 26, 81-97.
Crouter A. C., Perry-Jenkins M., Huston T. C.,McHale, S. M. (1987). Processes underlying father involvement in dual earner and singer earner families. Developmental Psychology,23, 431-440.
Diefenbach, H. (2002) Gender ideologies, relative resources, and the division of housework in intimate relationships: A test of Hyman Rodman's theory of resources in cultural context. International Journal of Comparative Sociology,43:45–65.
Dunn D, Skaggs S. (2006). Gender and Paid Work in Industrial Nations. In J. S. Chafetz (Ed), 
Handbook of the Sociology of Gender, US: Springer . (321-342)
Habib R., Nuwayhid I. A.,  Yeretzian J. S. (2006). Paid work and domestic labor in disadvantaged communities on the outskirts of Beirut. Sex roles, 55, 5-6,  321-329.
Himsel A. J., Goldberg W. A. (2003). Social Comparisons and Satisfaction With the Division of Housework: Implications for Men’s and Women’s Role Strain . 
Journal of Family Issues, 24 . 7, 843-866
Hirata H. (2008).  Travail et genre, Paris : La Découverte.
Hirata H.,  Laborie F., Le Doaré H., Sénotier D. (2004).  Dictionnaire critique du féminisme.
Paris : PUF.
 Huber J., Spitze, G. (1983). Sex stratification: Children, housework, and jobs. New York: Academic Press.
Humble M. A., Zvonkovic M. A. & and Walker, J. A. (2008). "The Royal We": Gender Ideology, Display, and Assessment in Wedding Work. Journal of Family Issues, 29; 3-25
Kamo Y. (1988). Determinants of household labor: Resources, power, ideology. Journal of Family Issues9, 177-200.
Mursula L. A.,  Vahtera J.,, Kouvonen A., Va¨a¨na¨nen A. et al (2006). Long hours in paid and domestic work and subsequent sickness absence: does control over daily working hours matter? 
Occupational  Environmental  Medicine, 63:608–616.
Palazzi M. (1990). Famiglia, lavoro e proprietà: le donne nella società contadina fra continuità e trasformazione, Annali dell'Istituto A. Cervi, 12, 25-80.

Shelton B. A., John D. (1996). The division oh household labor. Annual review of sociology, 22, 299-322.
Solomon R. C., Acock  C. A., Walker J. A. (2004). Gender Ideology and Investment in Housework: Postretirement Change. Journal of Family Issues, 25, 8, 1050-1071.
Sweet J. A., Bumpass L. L. (1999 ). The National Survey of Families and Households-Waves 1 and 2: Data description and documentation.: 
www.ssc.wisc.edu/nsfh/home.htm
Thompson L. (1991). Family work: Women’s sense of fairness. Journal of Family Issues 12, 2, 181-196.

Pomeroy B. S. (1975). Goddesses, Whores, Wifes, and Slaves. Women in Classical Antiquity, New-york: Schocken Book Inc.

 

Bio/Bibliographie

Nadia Monacelli est psychologue sociale auprès de l'Università di Parma (Italie). Elle a obtenu son doctorat à l'Université de Genève avec une thèse sur les représentations sociales des droits de l’homme et de l’enfant dans un contexte islamique. Actuellement elle enseigne Psychologie des groupes et Gestion et médiation des conflits. Ses intérêts de recherche touchent principalement aux asymétries sociales ; asymétries construites sur les cultures,  les générations, les genres. Parmi ses publications principales :
 
Molinari L., Monacelli N., Everri M, Fruggeri L. (In stampa) Coordinazioni e
oscillazioni nei processi di microtransizioni familiari, Psicologia Clinica dello
Sviluppo.
Monacelli N., De Marco V. (2009). La violenza domestica contro le donne. In ( a cura di Provincia di Parma). Rappresentazioni di genere e violenza privata. Una ricerca intervento nella provincia di Parma, 13-36.
Monacelli N., Mancini T., Zapponi S. (2009). Alla ricerca delle parole per dirlo: Come le ragazze e i ragazzi parlano della violenza nella coppia. In ( a cura di Provincia di Parma). Rappresentazioni di genere e violenza privata. Una ricerca intervento nella provincia di Parma,37-44.
Mancini T., Monacelli N. (2009). Rappresentazioni e esperienza della violenza di coppia nei giovani. In ( a cura di Provincia di Parma). Rappresentazioni di genere e violenza privata. Una ricerca intervento nella provincia di Parma, 45-78.
Everri M., Monacelli N., Molinari L., Fruggeri L., (2008). Microtransizioni e adolescenza: un esempio di intervista familiare. In (a cura di) A. Taurino, P. Bastianoni, S. De Donatis, Scenari familiari in trasformazione. Teorie, strumenti e metodi per la ricerca clinico-dinamica e psicosociale sulle famiglie e le genitorialità, Aracne, Roma.
 Monacelli  N., Molinari L., Emiliani F. (2007). Cerner les similitudes, composer avec les différences: Les droits de l’enfant en Italie et en Jordanie. Les cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 73, pp. 47-59.
Monacelli  N. (2007). Dall’intervento su all’intervenire con : il migrante come protagonista, in V. Pellegrino (a cura di) Mediare tra chi e che cosa?, Unicopli, Milano, pp. 53-66.

 


24/03

Corinne Cauvin-Verner
(Centre d’Histoire Sociale de l’Islam Méditerranéen - Rabat, Maroc et EHESS-Paris, France)

"Randonner au désert : un tourisme sexuel ?"

Cauvin-verner

 

Résumé

Les circuits de trekking au Sahara marocain sont fréquemment l’occasion d’échanges sexuels entre les randonneuses occidentales et leurs guides issus de tribus bédouines. L’expérience touristique construit-elle le désert comme une hétérotopie sexuelle ? Un sexscape ? Cet objet d’étude pose une difficulté non résolue, qui est celle de sa problématisation en termes de tourisme sexuel. On observe en effet que ni les touristes ni leurs hôtes ne considèrent la sexualité comme une donnée première de leurs aventures, investies de sentiments romantiques et susceptibles de se pérenniser. Cette sexualité n’a généralement pas motivé le premier voyage et elle n’est pas l’objet d’un commerce monétaire. Toutefois, sans être une relation de prostitution, elle reste gouvernée par une logique transactionnelle de biens matériels et immatériels, d’émotions et de rêves susceptibles de modifier les rapports de pouvoir institués par la relation touristique. Ainsi contribuerait-elle au renforcement d’une agency : les guides de randonnées saisiraient la possibilité d’un don sexuel pour imposer une dette, tenir en échec la revanche sociale des femmes occidentales à s’affirmer comme sujets de leur sexualité, et rétablir, conformément à leurs valeurs morales, une hiérarchie des sexes où prévaut leur masculinité.

 

Bio/Bibliographie

Corinne Cauvin Verner est docteur en anthropologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, chercheur associé au Centre d’Histoire Sociale de l’Islam Méditerranéen. Sa thèse, Au désert. Une anthropologie du tourisme dans le Sud marocain, a été publiée aux éd. L’Harmattan en 2007. Sur le tourisme, elle a également publié des articles dans le Journal des AfricanistesCivilisations et les Cahiers d’études africaines.
Depuis 2000, elle réside au Maroc où elle poursuit ses enquêtes ethnographiques sur les résidents français à Marrakech et sur la folklorisation d’une danse bédouine (guedra) confrontée au réformisme. Elle a effectué trois recherches sur les matériaux ethnographiques exploités en Afrique du Nord par Henry de Montherlant, Paul Bowles et Jacques Majorelle, à paraître dans des ouvrages collectifs en 2009. Dans le cadre d’un programme de recherche FSP (EHESS), elle travaille sur la construction des savoirs monographiques au Maroc pendant le protectorat. Elle anime avec Dominique Casajus et Jean-Louis Marçot un séminaire de recherche (EHESS) sur les mythes sahariens.
Sur son terrain d’études au Sahara marocain, elle a également réalisé cinq films documentaires : L’Appel du désert (2001), Nomades de profession, (2001), Les Nouaji (2002), Les Noces de Nazha (2002), Désert autre mesure (2003), et publié deux albums: Maisons et riads du Maroc (2005) et Paysages marocains (2007).

 


29/04

en collaboration avec le Pôle Bernheim d'études sur la paix et la citoyenneté

une soirée de deux conférences-débats autour du thème :


"Le viol comme arme de guerre"

mercredi 29 avril, 17h-20h

Salle Henri Janne
Institut de Sociologie de l'ULB
(15e étage), 44, avenue Jeanne
1050 Bruxelles

 

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Véronique Nahoum-Grappe
(EHESS et Centre Edgar Morin)

« Anthropologie de la violence et différence des sexes : les viols dans les guerres de la fin du XX° siècle »

 

Résumé

Les sciences sociales peuvent-elles aider à définir l'usage des violences sexuelles en temps de guerre ? En quoi les femmes sont -elles « un ennemi » à traiter de façon particulière ? Le sadisme est-il une perversion individuelle dissymétrique, « genrée » ? La cruauté extrême serait-elle, sous certaines conditions, la performance du groupe ? ou même, l'esthétique d'une culture de la virilité ? Y-a-t-il la possibilité d'un usage politique de la cruauté, son instrumentalisation ? Comment comprendre enfin que le viol puisse être « une arme de guerre » en pleine fin du XX° siècle, en Europe et ailleurs » ?

 

Bio/Bibliographie

Véronique Nahoum-Grappe est anthropologue à l’EHESS. Au sein du CETSAH (Centre d’études transdisciplinaires, Sociologie, Anthropologie, Histoire), ses recherches s’orientent vers l’anthropologie des pratiques corporelles et de la différence des sexes dans notre société contemporaine.
- 2005, « Balades politiques », entretiens avec Jean-Christophe Marti, Les prairies ordinaires, Coll. Contrepoints, 237 p.
- 2003, Du rêve de vengeance à la haine collective, Paris, Buchet/Chastel, 179 p.
- 2003, « La guerre, ce comble du réel, cet excès d’imaginaire », 14/18, « Le Sabre et l’Eprouvette l’invention d’une science de guerre 1914-1939 » , 6, Paris, ed.
Noesis, p. 245-253.
- 2002, “The Anthropology of Extreme Violence: the Crime of Desecration”, International Social Science Journal, "Extreme Violence", 174, p. 449-557.
997, Le Féminin, Paris, Hachette.

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Patrick Vassort
(Université de Caen)

« Corps de femmes, champs de bataille »

 

Résumé

L’expérience du viol ou de l’agression sexuelle est évidemment traumatisante au point où la vie ne se « reconstruit » jamais réellement. Il est d’autant plus difficile de réussir cette reconstruction que nos sociétés n’admettent qu’avec difficulté la situation de domination que les femmes subissent et ne cherchent pas à analyser, à comprendre, les raisons de cette domination.
Le viol en tant qu’acte délictueux, est une appropriation physique et symbolique du corps d’autrui mais, au-delà de cette appropriation singulière, le viol en temps de guerre peut avoir différentes significations différentes causalités. Du désir incontrôlable du soldat, jusqu’aux stratégies militaires et politiques, il fait du corps de la femme et de la femme elle-même un étrange et terrible champ de bataille.

 

Bio/Bibliographie

Patrick Vassort est sociologue et smître de conférences HDR à l'Université de Caen. Il est directeur de publication de la revue Illusio et a co-dirigé le Dictionnaire des risques, Paris, Armand Colin, 2007. Il a publié Football et politique. Sociologie historique d’une domination, Paris, La Passion, 1998, La Crise de l’Université française. Traité critique contre une politique de l’anéantissement, (avec Nicolas Oblin), Paris, L’Harmattan, 2005, Epistémologie. Le cas de la sociologie du sport, Paris, L’Harmattan, 2007. Vont bientôt paraître :
Siegfried Kracauer ou le refus du carnaval, Bellecombes-en-Bauges, Le Croquant et Le Totalitarisme au XXIe siècle, Bellecombes-en-Bauges, Le Croquant.

 


06/05

Yodit Hermann
(Observatoire Régional de la Santé, PACA et CEMAf, Paris)

"DU MINISTERE DES AMES AU MINISTERE DES CORPS ? L'encadrement des pratiques sexuelles par l'Eglise Ethiopienne, entre SIDA et aide américaine"

Hermann

 

Résumé

L’apparition du sida en Ethiopie a placé la sexualité traditionnellement taboue sur le devant de la scène. Depuis 2004, les programmes américains de prévention s’appuient sur les congrégations religieuses, et principalement l’EOC (Ethiopian Orthodox Church), pour promouvoir l’abstinence et la fidélité, en accord avec les dogmes religieux éthiopiens. À partir d’une recherche menée auprès des chrétiens éthiopiens et au sein de l’EOC, nous nous pencherons sur le rapport traditionnel à la sexualité dans la culture éthiopienne. De là seront mises en lumière des tensions entre les pratiques sexuelles habituelles et les règles traditionnelles édictées par le pouvoir religieux subventionné par PEPFAR (President’s Emergency Plan for AIDS Relief). Ce qui nous conduira à discuter des transformations des dogmes de l’EOC induites par le sida et les subventions américaines.

 

Bio/Bibliographie

Yodith Hermann travaille en anthropologie sur l'implication de l'Eglise éthiopienne orthodoxe dans la lutte contre le sida, une thématique se situant au carrefour entre l'anthropologie religieuse, de la santé et politique. Ses thèmes de recherche sont: l'anthropologie du sida en Ethiopie (les représentations de la maladie, la stigmatisation, les représentations autour de la sexualité, et de l'observance au traitement contre le sida ; l'anthropologie du fait religieux chrétien éthiopien (les conceptions du corps, de la maladie et du salut, le rituel de l'eau bénite, les miracles, ainsi que, mais à la marge, aux pèlerinages); l'anthropologie politique (ethnographie du PEPFAR : President's -Bush-Emergency Plan for Aids Relief et USAID ; relations entre ces fonds et les organisations religieuses et impact sur l'encadrement des comportements sexuels.

Elle a publié:

"The EOC (Ethiopian Orthodox Church), PEPFAR (President's Emergency Plan For AIDS Relief) and the ART in Ethiopia", Aids Impact 2008, CDD0169.

"Du ministère de l?âme au ministère des corps", Autrepart, Numéro spécial, coordonné par F.Eboko et Christophe Broqua, la fabrique des identités sexuelles, avril 2009, pp.42-60.

"Le rituel de l'eau bénite: une réponse sociale et symbolique à la pandémie du sida", Les Annales d'Ethiopie, à paraître en 2010.

 


28/05

Journée d’étude

"Genre, sexualité et islam :
regards croisés, entre ici et là-bas"

 

Jeudi 28 mai 2009

Institut de Sociologie
(salle Henri Janne et salle Baugniet)

Entrée libre

Organisée avec le soutien de l’Institut de Sociologie et de la Faculté des sciences politiques et sociales/Solvay Brussels School of Economics and Management

JE Islam

JE Islam

JE Islam

 

Présentation

Dans un de ses derniers livres, The Politics of the Veil, l’historienne américaine Joan Scott (Institute for Advanced Studies Princeton) est revenue sur les polémiques relatives au voile islamique en France. A l’occasion de sa venue à l’ULB, l’Atelier Genre(s) et Sexualité(s), le Laboratoire d’Anthropologie des Mondes contemporains (LAMC) et METICES ont décidé d’organiser une journée d’étude sur les rapports entre genre, sexualité et islam. Celle-ci souhaite faire le point sur une problématique régulièrement posée dans les médias en s’écartant des lieux communs du débat public. En effet, au cours des derniers mois, l’islam a souvent été dépeint comme un frein à la modernité et un obstacle à l’émancipation des femmes et des minorités sexuelles. A partir de terrains et de disciplines différentes, cette journée d’étude entend interroger cette affirmation. En outre, en rassemblant des chercheur-e-s travaillant sur différentes parties du monde, dans des sociétés d’origine et des sociétés d’accueil, cette rencontre questionnera la diversité interne de l’islam et la valeur explicative de cette religion en ce qui concerne les questions de genre et de sexualité. Elle étudiera aussi les modalités et l’impact de l’encadrement institutionnel de l’islam pour les questions de genre et de sexualité, tout particulièrement en Europe occidentale. Conformément aux objectifs de l’Atelier Genre(s) et Sexualité(s), cette journée d’étude rassemblera des chercheur-e-s de l’ULB et d’autres universités belges, afin de les mettre en avant et d’accroître les collaborations.

 

Programme

Matinée

Présidence : Firouzeh Nahavandi (ULB)

9h – 9h15 : Accueil par Pierre Desmarez (ULB)

9h15 – 9h30 : Introduction

9h30 – 10h00 : Meriam Cheikh (FNRS, ULB et Université d’Aix-en-Provence)
« Au-delà du référentiel religieux : penser les relations sexuelles hors mariage au Maroc »

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Meriam Cheikh
(FNRS, ULB et Université d’Aix-en-Provence)

« Au-delà du référentiel religieux : penser les relations sexuelles hors mariage au Maroc »

 

Résumé

S’agissant de l’Islam ou du monde arabo-musulman, les questions ou études traitant de la sexualité, du genre et de la femme – et renvoyant elles-mêmes aux questions d’égalité entre les sexes, d’émancipation, d’empowerment etc. - sont très souvent abordées dans un cadre particulier et restreint : celui de la religion et de la tradition. En dépit des études constructivistes sur de tels sujets menées en Europe et en Amérique du Nord et de la déconstruction de l’« Orient » (Said, 1978), on remarque une persistance des analyses faites à partir des référentiels religieux ou les intégrant. Dans un sens ou dans l’autre, dès qu’il s’agit d’aborder la question des corps et de la sexualité, celle-ci est exagérément territorialisée et circonscrite à un espace social et cognitif, à savoir celui de l’aire arabo-musulmane. Aussi, les groupes issus de cet espace, qu’ils soient ici ou là-bas, en migration ou non, voient leurs pratiques et conduites expliquées et analysées en termes de religion et de représentations religieuses. S’il s’agit pour certains d’aborder la sexualité et les pratiques sexuelles à travers une explication textuelle du Coran, de la religion et des traditions (Chebel, 1988, 2006 ; Bouhdiba, 1979), qui donne à voir – dans une dimension figée mais authentique – les champs du possible de l’érotisme arabo-musulman, pour d’autres, il s’agit de mettre en lumière le blocage persistant dans l’évolution des rapports de genre et la progression de l’égalité hommes-femmes.

Concernant la sexualité en dehors du mariage au Maroc, on montrera dans cet exposé comment l’étude des pratiques sexuelles peut être faite sans avoir à confronter les observations aux dogmes de l’Islam ni aux dogmes universels d’égalité. Notre propos sera de présenter les observations réalisées sur notre terrain d’étude auprès d’un groupe de jeunes femmes ayant des rapports sexuels hors mariage et monétarisés. Il s’agira d’interroger cette sexualité en la déterritorialisant et en la « déculturalisant » (Abu-Lughod, 1991). Ceci dit, cette posture n’implique pas un rejet unilatéral – du reste infécond – des questionnements sur les croyances et les pratiques religieuses, mais il nous semble important que celles-ci soient appréhendées en tant que pratiques plutôt que corpus explicatif. Ni turban d’un côté, ni harem de l’autre ; nous partageons l’idée que ni la religion ni la culture n’établissent « un monde clos de motivations » des conduites (Ferrié, 1996). Enfin, nous verrons dans quelle mesure ces pratiques pensées comme modernes car similaires aux valeurs de liberté sexuelle en cours en Europe par exemple, prennent des sens différents tout aussi modernes indépendamment du référentiel religieux et des typifications discursives sur les pratiques. Tout comme « les actes de langage ne sont pas nécessairement les raisons d’agir des protagonistes » (Ferrié, 1997), la référence religieuse, elle, n’est pas à la source des conduites ou sinon l’est-elle peut-être par illusion (Bayart, 1996).

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10h00 – 10h30 : Laurent Gaissad (ULB et Université Toulouse-le-Mirail)
« En femme à la gare Saint-Charles : La prostitution des Algériens à Marseille, 1991 – 2001 »

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Laurent Gaissaf
(ULB et Université Toulouse-le-Mirail)

"« En femme » à la gare Saint-Charles : La prostitution des Algériens à Marseille, 1991-2001"

 

Résumé

À Marseille, la campagne de « reconquête » de la Canebière, régulièrement relancée au cours des vingt dernières années par les gestionnaires de la cité, est aujourd’hui relayée par la mis en oeuvre du projet d’aménagement d’Euroméditerrannée. Outre les coups portés ici ou là au quartier Belsunce, où s’est établi, à partir de la fin des années 1970, un dispositif commercial maghrébin d’envergure internationale (Tarrius, 1995, 2000, 2002), l’assiduité de ces assauts a progressivement éradiqué l’ancien quartier de licence des mœurs situé de ce côté-ci de la Canebière. À l’heure même où ce pan entier du commerce sexuel marseillais s’est déplacé vers le haut de l’avenue et vers les quartiers sud de la ville, l’arrivée des premiers travestis d’Oran et d’Annaba à la fin des années 1980 dans le quartier de la gare Saint-Charles a contribué elle aussi à bouleverser les donnes de la prostitution locale.
Leurs itinéraires, s’ils ne sont jamais réductibles à de simples déplacements dans l’espace, d’une rive à l’autre de la Méditerranée et suivant l’actualité politique, se déploient surtout dans la distance qui sépare les univers de normes traversés (Missaoui, 1999). Des transitions souvent radicales d’une situation à l’autre marquent l’organisation de la vie quotidienne, ainsi que les biographies originales de ces hommes qui se sont prostitués « en femmes » à Marseille à la fin du siècle dernier. À l’instar des conditions d’enquête, elles rendent compte d’un « flou » salutaire dans l’ordre des identifications personnelles, et d’une morale du secret à la mesure des troubles publics dans le genre ou dans la sexualité que suggèrent leurs parcours. Parmi eux, plusieurs ont aujourd’hui acheté un commerce, un bar ou une épicerie, dans la cité phocéenne, ou quelque part entre Nice et Montpellier. Certains ont trouvé à se marier en France et sont devenus pères de famille. Ceux-là ne viennent presque plus dans la rue, ou alors ponctuellement, pour « boucler le crédit » d’une nouvelle voiture, ou pour terminer les travaux de « la villa, là-bas », de l’autre côté de la mer. Parfois, ils occupent la nouvelle place qu’ils se sont « faite », ailleurs dans la ville, ou les week-ends « sur la Côte ». Dans le quartier de la gare Saint Charles, des « nouvelles » ont pris place entre temps, au motif qu’ « il y a du travail pour tout le monde », ou que l’installation sur les trottoirs de Marseille semble moins contraignante que dans d’autres villes voisines.

Au travers d’une enquête ethnographique de plusieurs années, l’attention portée à ces trajectoires qui, bien souvent, se donnent à voir en France sur le mode d’une extrême précarité, révèle aussi des parcours de réussite ici, là-bas ou ailleurs, résultant d’incessantes circulations entre pays d’accueil et pays d’origine, ou entre différentes villes de la région, de France ou d’Europe.

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10h30 – 11h00 : Discussion introduite par Marta Roca i Escoda (ULB/Université de Genève)

11h00 – 11h30: pause

11h30 – 12h00: Valérie Beaumont (EHESS)
« Pour une anthropologique contextualisée de l'homosexualité dans les sociétés arabes et musulmanes: Les définitions et les sources »

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Valérie Beaumont
(EHESS)

« Pour une anthropologique contextualisée de l'homosexualité dans les sociétés arabes et musulmanes: Les définitions et les sources »

 

Résumé

Ces dernières décennies, plusieurs ouvrages et articles ont été consacrés à l'homoérotisme dans la poésie et la littérature classique islamique. Certains auteurs ont traité de cette littérature en la détachant de son référent religieux pour l'aborder sous un angle culturel et social tout en s'efforçant de démontrer la non-pertinence, pour ce qui regarde les sociétés musulmanes de l'époque classique, de la notion d'homosexualité. D'autres encore viennent contrecarrer ou nuancer quelques idées reçues quant à la valeur accordée à l'érotisme dans la culture islamique, au culte de l'éphèbe, à la dichotomie des rôles actif et passif et à la prévalence des rapports entre individus mâles, principalement pédérastiques et intrinsèquement associés à ceux qu'a connu la Grèce antique.

Si cette littérature classique a le mérite de nous éclairer sur les idéaux esthétiques et les sensibilités érotiques passés, elle n'est sans doute pas l'indéniable reflet des pratiques sexuelles de l'époque dans la mesure où ces sociétés, pour autant qu'elles aient valorisé l'amour chaste des jeunes garçons, désapprouvaient le passage à l'acte.

Les conceptions réelles ou fantasmatiques de l'amour et de l'érotisme propres à la culture musulmane du passé servent parfois de lieux de référence pour imaginer ou comprendre la sexualité arabe et musulmane contemporaine. Il est vrai qu'assez peu de recherche ont été menées sur ce thème, et que nos représentations modernes de la sexualité au Maghreb et au Proche-Orient nous viennent principalement de la littérature (Boudjedra, Choukri, Ben Jelloun, Abdellah Taïa, Mahfouz, Al Neimi, etc.), du cinéma (Ayouch, Bouzid, Fares, Ben Attia, Saab, Boughdir, etc.). Pour le reste, on s'en remet aux enquêtes épidémiologiques ou encore, aux rapports rédigés par des organisations non-gouvernementales qui, la plupart du temps, révèlent des problématiques  alarmantes.

A défaut de pouvoir décrire et comprendre la complexité des pratiques sexuelles des sociétés contemporaines, la tendance à se rabattre sur un corpus sacré qui essentialise et fixent les pratiques sexuelles dans le temps et l'espace doit être dépassée. Bien que la plupart de ces sociétés soient empreintes d'une culture religieuse et séculaire englobante, nos recherches ne peuvent faire l'économie de la façon avec laquelle les préceptes religieux et moraux sont tantôt ignorés, tantôt contournés.

Il faut de la sorte s'intéresser à la définition de l’homosexualité et des pratiques qui lui sont associées, ne serait-ce que pour constater la multitude de descriptions, de situations, d’interprétations et d’amalgames que l’on peut en faire. Aussi, serons-nous à même de constater à quel point les perceptions des phénomènes homosexuels sont contradictoires, ethnocentriques et idéologiques, et comment ces perceptions se nourrissent des zones de contacts créés par la mondialisation, les technologies de la communication, les mouvements migratoires et le tourisme.

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12h00 – 12h30: Céline Teney (ULB)
« Sexisme et homonégativité auprès des jeunes bruxellois. Une analyse comparée des attitudes des jeunes issus de l’immigration envers les minorités »

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Céline Teney
(ULB)

« Sexisme et homonégativité auprès des jeunes bruxellois. Une analyse comparée des attitudes des jeunes issus de l’immigration envers les minorités »

 

Résumé

Cette contribution est basée sur une enquête menée en 2007 auprès de 3121 rhétoriciens de 70 écoles secondaires de la Région bruxelloise. Une série de questions de cette enquête portait sur les attitudes des jeunes envers les homosexuel(le)s ainsi qu’envers les femmes.
Les items sur les attitudes envers les homosexuel(le)s de l’enquête mesuraient l’homonégativité traditionnelle et moderne ainsi que l’opinion envers les droits civils des homosexuel(le)s. Nous avons procédé à une analyse linéaire multivariée et multi-niveaux afin de pouvoir mesurer non seulement l’impact des caractéristiques individuelles mais aussi l’influence de l’école sur ces attitudes. En contrôlant pour les variables socio-démographiques, les jeunes issus de l’immigration ont des attitudes plus négatives envers les homosexuel(le)s que le groupe majoritaire. L’insertion dans le modèle de mesures d’identification à la société d’accueil ainsi que de perception de discrimination institutionnelle a permis d’atténuer fortement l’association entre origine ethnique et homonégativité. Par ailleurs et contrairement à l’homonégativité traditionnelle et les opinions sur les droits des homosexuel(le)s, les jeunes issus de l’immigration montrent des attitudes plus similaires aux belges sur l’échelle d’homonégativité moderne.
Les items de l’enquête portant sur les femmes mesuraient le sexisme moderne et traditionnel. Les jeunes issus de l’immigration ne se différencient pas des jeunes du groupe majoritaire sur les items traditionnels. Contrairement aux résultats sur l’homonégativité, les variables mesurant l’identification à la société d’accueil et le sentiment de discrimination institutionnelle ne permettent pas d’atténuer les différences liées à l’origine observées sur le sexisme moderne. En contrôlant pour l’éducation, le statut socio économique, l’appartenance religieuse, la seule variable qui permette de réduire ces différences est le temps passé en Belgique.

Il semble donc que des variables dites plus « subjectives » (identification à la société d’accueil, sentiment de discrimination institutionnelle) permettent d’expliquer la relation entre origine ethnique et homonégativité, alors que des variables plus « objectives » (temps passé en Belgique) permettent de comprendre l’association entre origine ethnique et sexisme. Par ailleurs, une partie importante des différences d’attitudes envers les minorités entre jeunes issus de l’immigration et le groupe majoritaire se situerait dans la conscientisation des normes sociales de la société d’accueil. Il apparaît donc que l’appartenance religieuse ainsi que la fréquentation régulière d’offices religieux – bien que significatives - ne permettent pas d’expliquer entièrement les différences d’attitudes sexistes et homonégatives entre les jeunes issus de l’immigration et le groupe majoritaire.

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12h30 – 13h00: Discussion introduite par Cathy Herbrand (FNRS et ULB)

13h – 14h30: pause

Après midi

Présidence: Andrea Rea (ULB)

14h30 – 15h00: Leïla El Bachiri (ULB)
« Discours islamique dominant sur la femme à Bruxelles : Une analyse sur les représentations sociales liées à la place de la femme »

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Leïla El Bachiri
(ULB)

« Discours islamique dominant sur la femme à Bruxelles : Une analyse sur les représentations sociales liées à la place de la femme »

 

Résumé

Quelles sont les représentations sociales liées à la place de la femme dans les discours islamiques dominants véhiculés au sein des lieux de transmission de l’islam (associations musulmanes et mosquées) à Bruxelles ? L’analyse des discours portés par les différents courants islamiques, notamment réformistes et traditionnalistes, permet-elle d’identifier des différences de représentations liées à la conception de la femme musulmane ? L’émergence d’une féminisation du discours islamique à Bruxelles engendre-t-elle une remise en question de ces représentations ? La construction du discours islamique par ces nouvelles actrices musulmanes entraîne-t-elle une interrogation sur les contenus des stéréotypes sexués et sur la « masculinité » et la « féminité »? A l’aune d’une étude de terrain, qui débuta en 2006, nous tenterons de donner des éléments de réponse à partir de matériaux constitués d’enregistrements de conférences, de discours oraux et écrits émanant directement d’acteurs et d’actrices musulman(e)s…

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15h00 – 15h30: Fabienne Brion (UCL)
"Réflexions sur le foulard"

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Fabienne Brion
(UCL)

« Réflexions sur le foulard »

 

Résumé

De quoi se préoccupent celles et ceux qui ferraillent contre le hijâb ? Suivant P.M. Glavanis (1998 : 403), moins des relations de genre que de la représentation de ces relations, moins de l’égalité des femmes et des hommes que d’une certaine image de cette égalité. Sans doute, la « désinvolture avec laquelle les responsables et prédicateurs musulmans traitent ce problème » est-elle « significative de leur désintérêt à l’égard du devenir des femmes dans la société » (Babès, Oubrou, 2002 : 207). Mais le fanatisme des adversaires du hijâb témoigne somme toute du même désintérêt : l’obligation de retirer le foulard ayant ceci de commun avec l’obligation de le porter qu’elle contribue à barrer l’accès de jeunes filles et de femmes aux mondes de l’école et du travail. Quelles que soient les intentions de ceux qui s'en font les champions, on repère, à ses effets, les fonctions sociales de cette croisade morale. Dans l'ordre des représentations : opposer imaginairement « Islam » et « Occident » ; situer la domination des femmes dans celui-là, en absoudre celui-ci ; supposer l'impuissance des musulmanes et, dans le miroir déformé qu'on s'est donné, faire surgir l'anamorphose de la puissance salvatrice des « Occidentaux » et — victoire ? — des « Occidentales ». Dans l'ordre des réalisations : motiver des exclusions ou des réorientations scolaires, justifier des refus d’embauche, légitimer des négociations relatives au type de poste, à la nature du contrat ou à la rémunération du travail. Mutatis mutandis, le hijâb est aux femmes issues de l’immigration ce que la nationalité était aux immigrés, et aux filles ce que la criminalisation est aux garçons.

La pudeur recommande peut-être à des musulmanes d'user d'un foulard pour voiler leur grâce. Est-ce la pudeur ou le cynisme qui nous recommande d'en user pour nous voiler la face ? D’une part, depuis quelque cent ans, la question du foulard, avatar de la question de la femme en islam, a fonctionné dans les sociétés colonisées et les sociétés coloniales, dans les sociétés d’émigration et les sociétés d’immigration, comme un dispositif de disqualification et de légitimation de la minoration des populations musulmanes. Dispositif redoutablement efficace — même si, du côté musulman, le leurre ne trompe pas vraiment : car comment croire que l’enjeu est l’émancipation des femmes si le programme proposé se limite à leur dévoilement ? D’autre part, depuis quelque vingt ans, le foulard fonctionne en Belgique et en France comme un dispositif de marginalisation et d’exclusion. Là encore, dispositif redoutablement efficace — comme la criminalisation : dans les deux cas, la marginalisation et l’exclusion semblent trouver leur origine dans les choix posés par celles et ceux qui en sont les victimes ; dans les deux cas, il arrive, quand des femmes ou des hommes « choisissent » de  renoncer à investir l’école ou le marche du travail primaire parce qu’elles portent le foulard et qu’ils ont des antécédents judiciaires, que l’exclusion apparaisse comme une « auto-exclusion ». Sans doute, de la même façon que certains « Occidentaux » ont usé et abusé du thème de l'oppression des femmes en islam pour justifier la minoration des musulmans,  il est probable que des musulmans usent et abusent du thème de l'oppression occidentale pour justifier la minoration des les femmes : la question du foulard a durablement amalgamé, aux yeux de certains musulmans, le féminisme à l’impérialisme et au colonialisme ; elle explique que le mouvement des femmes vers l’autonomie soit parfois taxé d’occidentalisation, voire de trahison. Le foulard barre l’accès aux moyens matériels de l’autonomie. Question ou pratique, le hijâb est une arme idéologique aux mains de tous ceux qui ont quelque intérêt à soutenir la thèse d'un choc des civilisations occidentale et islamique. Mais quels sont ces intérêts ? Et pour les femmes, sommées tantôt d’incarner « la modernité » et « l’intégration », tantôt de personnifier « l’authenticité » et la « tradition », quel droit à l’autonomie ?

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15h30 – 16h00: Isabelle Carles (ULB)
« L’interdiction du port du voile: une comparaison entre la France et la Belgique du traitement des plaintes déposées sur la base de la discrimination religieuse »

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Isabelle Carles
(ULB)

« L’interdiction du port du voile: une comparaison entre la France et la Belgique du traitement des plaintes déposées sur la base de la discrimination religieuse »

Résumé

Après avoir été longtemps invisibles au sein de la population immigrée, les femmes immigrées sont soudain apparu, notamment à la faveur des « affaires » du port du voile dans plusieurs pays européens, dont la France et la Belgique une première fois en 1989, puis début des années 2000.

Alors que sous l’impulsion européenne se développent des législations visant à lutter notamment contre les discriminations basées sur les convictions religieuses en France et en Belgique, il est intéressant d’analyser comment la question du port du voile est traitée - ou n’est pas traitée -par les deux organismes administratifs indépendants chargés des plaintes basées sur un motif de discrimination, à savoir la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité en France et le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme en Belgique. L’analyse comparative de leur pratique va nous permettre de dévoiler comment les deux pays interprètent la notion de liberté religieuse et celle de discrimination, à la lueur de leur conception propre de la laïcité.

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16h30 – 17h15: Discussion introduite par Annalisa Casini (FNRS et ULB)

17h15 – 17h30 : Conclusions par David Berliner (ULB)

Conférence de clôture: (Salle Baugniet)

18h00 – 20h00: Joan W. Scott (Institute of Advanced Studies, Princeton)
"Cover-up: French Gender Equality and the Islamic Headscarf"

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Joan W. Scott

(Institute for Advanced Study in Princeton, NJ) 

"Cover-up: French Gender Equality and the Islamic Headscarf"

 

Résumé

The talk argues that one of the little discussed aspects of French republican objections to Islamic headscarves had to do with the way Islam was thought to manage gender relations.  In contrast to the "open" French system, which encourages flirtation and public exposure of the body, Muslims discourage public displays of the body and restrict sex to the private sphere of the family.  I argue that French republicans depicted the Islamic system as somehow unnatural and therefore a threat not only to French sexual customs, but to national identity as well.

 

Bio/Bibliographie

Joan W. Scott is Harold F. Linder Professor in the School of Social Science at the Institute for Advanced Study inPrinceton, NJ.   (NOT Princeton University)  Among herbooks are: Gender and the Politics of History;  Only Paradoxes to Offer: FrenchFeminists and the Rights of Man (published in French translation as La Citoyenne Paradoxale); Parite’: Sexual Equality and the Crisis of FrenchUniversalism (also published in French translation); and, most recently, ThePolitics of the Veil.

 


11/09

Christophe Broqua
(IRD)

"Les homosexuels africains : une espèce en voie de développement?"
vendredi 11 septembre, 18h

Salle Janne

Broqua

Résumé

La situation actuelle des hommes ayant des pratiques homosexuelles à Bamako (Mali), comme dans bien d’autres métropoles africaines, présente de fortes similarités avec celle des homosexuels occidentaux durant les décennies qui ont précédé les mouvements dits de « libération ». Parmi les observateurs occidentaux, ces différentes similarités nourrissent parfois l’idée que la situation des Africains ayant des pratiques homosexuelles pourra connaître un sort comparable à celui des homosexuels des pays occidentaux, implicitement positionnés au sommet de la hiérarchie, conduisant ainsi à l’adoption d’une lecture évolutionniste, qui imprègne également certains écrits scientifiques de manière le plus souvent implicite. Il s’agit dès lors de penser les effets de la globalisation sur l’évolution des formes sociales de l’homosexualité en Afrique, en évitant le double écueil d’une conception évolutionniste et d’une lecture en terme d’homogénéisation des cultures sexuelles.

 

Bio/Bibliographie

Christophe Broqua est anthropologue, docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) de Paris et chercheur associé à l'UR "Constructions identitaires et mondialisation" (IRD). Il a consacré ses premières recherches aux mobilisations collectives contre le sida en France. Il s’est ensuite intéressé aux formes sociales de l’homosexualité au Mali. Il travaille actuellement sur l’émergence de mobilisations homosexuelles en lien avec la lutte contre le sida dans différentes capitales d’Afrique de l’Ouest francophone (Abidjan, Bamako, Dakar). Il a notamment publié l’ouvrage Agir pour ne pas mourir ! : Act Up, les homosexuels et le sida (Paris, Presses de Sciences Po, 2006). Il a codirigé l’ouvrages collectif Homosexualités au temps du sida : tensions sociales et identitaires (Paris, ANRS, 2003) et les numéros de revue « Sida : deuil, mémoire nouveaux rituels » (Ethnologie française, 1998/1) et « La fabrique des identités sexuelles » (Autrepart, 2009, n° 49). Il a aussi publié divers chapitres d’ouvrages et articles dont le plus récent est « Sur les rétributions des pratiques homosexuelles à Bamako », Canadian Journal of African Studies / Revue canadienne des études africaines, 2009, vol. 43, n° 1, p. 60-82.

 


01/10

Aicha Serghini Idrissi et Patricia Garcia-Prieto
(Solvay Brussels School of Economics and Management (ULB)) 

"How gender counts in academia"

jeudi 1 octobre, 18h

Salle Doucy

Serghini 

 

Résumé

Leading Academic Performance (LAP) models in European universities are shifting to meet Anglo-Saxon and Asian standards. We argue that the gendering of LAP needs to be more explicitly recognized, particularly with regards to the potential negative implications for the career advancement of female academics. This paper proposes an alternative explanation to gender under representation in leading academic positions.
Building on social identity theory we posit that much of the application of LAP criteria are affected by gender social identity. We integrate concepts from social identity theory of leadership and social identity performance to describe how performance evaluations of academics can be biased against women academics by female as well as by male peers.
We put forth how female academics may strategically perform their academic and and/or female social identity to be recognized as leading academic performers.  The strategic performance of social identity can also help explain previous research findings such as the glass ceiling or the queen bee affect, among others, addressed by the literature.
Through social identity theory we explore internal processes that offer an alternative explanation to women’s under representation in academia. We assert that this under representation is linked to gender identities which can affect how individuals make sense of leading academic performance models. We offer some new insights as to how performance evaluation of peers in universities could lead to gender biases favoring the attribution of LAP to those male academics closest to the LAP prototype.

 

Bio/Bibliographie

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15/10

Patrice Corriveau
(Université d'Ottawa)

"Prostitution juvénile et gangs de rue : entre amour et aventure ?"

jeudi 15 octobre, 18h

salle Doucy

Corriveau

Résumé

C’est suite au démantèlement médiatisé de réseaux de prostitution juvénile reliés à des « gangs de rue » au Québec, au début des années 2000, que nous nous sommes intéressés à cette problématique longtemps ignorée des chercheurs québécois et canadiens, en particulier les rapports qu’entretiennent les garçons et les filles dans cet univers masculin. Plusieurs questions demeuraient en effet sans réponse. En quoi le proxénétisme apparaît-il si attrayant aux yeux de ces garçons? Comment recrutent-ils ? Pourquoi tant de jeunes filles tombent-elles si facilement dans les filets des gangs de rue à des fins de prostitution? Pourquoi ce sont des jeunes hommes, organisés en groupe, qui prostituent des jeunes filles, et jamais l’inverse ? Après avoir dialogué avec plusieurs intervenants impliqués dans la gestion de cette problématique et quelques jeunes filles, nous proposons de l’ensemble de ces données une analyse de nature stratégique afin de mieux cerner les finalités poursuivies par les personnes en présence dans ce type de prostitution. Ainsi, pour un semblant d’amour, pour de l’argent vite gagné, par goût de l’aventure ou du risque mais parfois aussi sous la menace, voilà autant de raisons qui expliquent et permettent de comprendre l’attirance et l’implication de ces jeunes filles dans des gangs connus pour leurs activités de proxénétisme.

 

Bio/Bibliographie

Patrice Corriveau, sociologue, est professeur au département de criminologie de l’Université d’Ottawa. Avec Michel Dorais (Université Laval), ils ont publié en 2009 Gangs and Girls – Understanding Juvenile Prostitution (McGill-Queen’s University Press), ainsi que Jeunes filles sous influence – Prostitution juvénile et gangs de rue en 2006 (VLB éditeur). Patrice Corriveau est également l’auteur de La répression des homosexuels au Québec et en France. Du bûcher à la mairie aux Éditions du Septentrion (2006), ouvrage qui sera publié en anglais au printemps 2010 (University of Bristish Columbia Press).

 


16/11

Nicole Gallus
(ULB)

"La sexualité dans le droit civil de la famille"

16 novembre, 18h

Salle Janne

Gallus

 

Résumé

Longtemps, le Code civil a ignoré la sexualité, préférant structurer la vie familiale sur le seul mariage hétérosexuel, jugé garant de la stabilité des institutions et de l'organisation sociale et politique. Cette conception d'une vie familiale régie par des règles uniformes est aujourd'hui dépassée sous l'effet, notamment, des revendications à l'autonomie et à la reconnaissance de tous les modes de vie, indépendamment des orientations sexuelles de chacun. Le droit civil a dû intégrer ce principe de non discrimination en reconnaissant progressivement le pluralisme des conjugalités et l'égalité de toutes les filiations. Les progrès médicaux ont complété cette évolution en introduisant une revendication nouvelle   à la reconnaissance du désir d'enfant, au-delà des choix de sexualité et en provoquant l'éclatement des concepts de filiation et de parenté.

 

Bio/Bibliographie

Docteur en sciences juridiques, maître de conférence et chercheur associé au centre de droit privé de l'université libre de Bruxelles.

 


30/11

Kathya Araujo
(Universidad Academia de Humanismo Cristiano - Chili)

"Sexuality studies in Latin America: a critical approach"

30 novembre, 18h

salle Janne

Araujo

Résumé

This presentation will argue that the path taken by Sexuality Studies in Latin America shows in a transparent way two main risks in the international discussion and in the political strategies implemented concerning this issue. First, the risk that entails reducing the discussion and political activism around sexualities to terms of rights and citizenship. Second: the consequences of the import of concepts in the context of the trasnationalisation of political struggle for the understanding of a new domination mechanisms in specific societies.

 

Bio/Bibliographie

Psychoanalyst and PHD in American Studies. Director of The Gender and Society Studies Program at the Universidad Academia de Humanismo Cristiano, Santiago de Chile. Her main research lines are gender and sexuality and subject configuration and individuation processes. In the field of sexualities she has published the following books:  Cruce de Lenguas. Sexualidades, Diversidad, Ciudadanía (Edition. LOM; 2007) and Estudios sobre sexualidades en América Latina (coedited with M. Prieto. FLACSO-Ecuador: 2008).

 


14/12

Maks Banens
(Université Lyon 2)

"Dépénalisation de l’homosexualité et reconnaissance du couple de même sexe en Europe occidentale"

14 décembre, 18h

salle Doucy

Banens

Résumé

La récente vague de reconnaissance juridique du couple de même sexe, en Europe occidentale, a été étudié par de nombreux observateurs. Les variantes nationales s’opposent selon différents critères : précocité ou retard de la reconnaissance, couverture complète ou partielle des droits, proximité ou distance symbolique vis-à-vis du mariage hétérosexuel, etc. Un critère, toutefois, semble indiquer une opposition fondamentale entre Europe du Nord et Europe du Sud, car il reprend exactement l’opposition historique entre pays de dépénalisation précoce et pays de dépénalisation tardive. C’est l’opposition entre la reconnaissance du couple de même sexe dans le cadre d’un dispositif universaliste, c’est-à-dire ouvert à tous les types de couple, et celle qui s’est faite par la création d’un dispositif séparatiste, ouvert aux seuls couples de même sexe.

La correspondance entre dépénalisation précoce et reconnaissance universaliste d’un côté, dépénalisation tardive et reconnaissance séparatiste de l’autre, semble s’expliquer d’abord par l’opposition entre l’Europe catholique et l’Europe protestante. Elle se précise quand on étudie le rôle du Code napoléon dans la partie catholique de l’Europe. Mon hypothèse est qu’il faudrait rajouter un troisième niveau d’explication, celle de la gestion sociale de la sexualité. Trois acteurs se disputent cette gestion : les églises, les (pères de) familles et les Etats. Les Etats catholiques, en réduisant le rôle de l’Eglise dans les champs économiques et politiques, se sont retirés de la gestion de la sexualité, laissant l’Eglise face à face avec les familles. Les pères des familles, déchristianisés dès le 18ème siècle, ont exigé et obtenu des Etats un pouvoir quasi-absolu sur leur sexualité extraconjugale, ce dont a bénéficié l’homosexualité. Les Etats protestants, eux, se sont appuyés au contraire sur leurs églises, ce qui a sensiblement réduit le pouvoir individuel des pères de familles. La condamnation de la sexualité extraconjugale n’est pas restée religieuse, elle a été relayée par les Etats.

 

Bio/Bibliographie

Après une formation en philosophie (Université de Groningen) et en démographie historique (Université de Bordeaux et de Pau), Maks Banens est aujourd'hui enseignant-chercheur à l'Université de Lyon 2. Ses domaines de recherche concernent notamment l'histoire de l'homosexualité (De Homo-aversie, Huig 1981 ; Nouvelles Visibilités, Nouvelles Discriminations ?, Rapport de recherche MiRe-Drees, 2008, avec R. Mendès-Leite) et la sociologie de la sexualité (Vivre avec le VIH, Calmant-Lévy 2006, avec R. Mendès-Leite). Pour plus d'informations : www.banens.fr