Zeilinger, Irene, « Genre et violence : les hommes et le harcèlement sexiste dans l’espace public », 2017-2027

Soumis par le mer 21/08/2019 - 11:38
All researches
Auteur
Irene Zeilinger
Body

Ce projet interrogera le concept de continuum des violences (Kelly 1988) à partir du cas du harcèlement sexiste dans l’espace public, qui constitue la forme de violence la plus fréquente pour les femmes (EUAFR 2014). En effet, si le harcèlement sexuel/sexiste est une expérience courante pour nombre de femmes, il reste relativement peu étudié par les sciences sociales, en particulier en comparaison avec d’autres formes de violence telles que la violence conjugale et le viol. Cette recherche tentera plus concrètement de comprendre comment se pose la question des masculinités par rapport au harcèlement sexiste dans l’espace public, défini comme tout comportement intrusif – sexualisé ou non – dans l’espace public qui s’appuie sur ou fait rappel des normes de genre (Vera-Grey 2016). Pour comprendre ces mécanismes, les comportements individuels doivent être interprétés dans le contexte plus large d'une société sexiste. Le harcèlement sexiste est à la fois un comportement territorial, renvoyant aux femmes et aux personnes non-conformes aux normes de genre qu’elles ne sont que tolérées dans un espace de domination masculine (Lieber 2008), et un outil de sociabilité masculine, reproduisant une solidarité entre hommes sur base d’une masculinité hégémonique (Benard & Schlaffer 1986). De par ses multiples liens avec les constructions identitaires masculines et son caractère apparemment insaisissable, il constitue un terrain idéal pour mettre le concept de continuum des violences à l’épreuve des perspectives des masculinités hégémoniques et subalternes.

Tandis que la recherche s’est penchée sur les hommes violents, que ce soient les auteurs de violence conjugale (Hearn 1998) ou de viol (Scully 1990), nous savons peu de choses sur les auteurs de harcèlement sexiste dans l’espace public et encore moins sur les hommes dits non-violents. Comme la difficulté d’établir des limites claires entre comportements acceptables et violents, et donc entre hommes non-violents et violents, constitue un élément clé du concept de continuum des violences, ce projet s’intéressera aux hommes qui interagissent avec les femmes dans l’espace public, que ces interactions soient identifiées, par des femmes ou des hommes, comme harcelantes ou non. Comment ces hommes voient-ils les relations de genre dans l’espace public ? Comment y construisent-ils leurs identités masculines ? Comment naviguent-ils dans ces espaces les interactions en tant que membres d’un groupe dominant, les hommes, avec des membres d’un groupe dominé, les femmes ? Comment ce rapport de pouvoir de genre s’articule-t-il avec d’autres rapports de domination de type raciste, classiste, ageiste, hétéronormatif, etc. ? Quelles perspectives les hommes interrogés ont-ils dans le contexte de l'espace public sur les limites entre comportements acceptables et transgressifs envers les femmes ? Comment se démarquent-ils des hommes qu’ils perçoivent comme harceleurs et/ou violents ? Ce projet tentera de répondre à ces questions par une analyse des interactions entre hommes et femmes dans l’espace public bruxellois et comparera ces interactions avec le sens que les hommes apportent à leurs comportements, les stratégies discursives qu’ils utilisent pour justifier ces interactions et construire ainsi leur masculinité.


Projet de thèse doctorale d'une durée de dix ans - non financé