Séminaires

PROGRAMME DES SÉMINAIRES D'AUTOMNE 2021

Séminaire automne 2021

 

Mercredi 22 septembre, 17h – 19h

Bâtiment S- Salle Henri Janne

Les études de genre en Roumanie: d’une institutionnalisation inachevée à la campagne anti-genre

 

Ionela Băluță (Université de Bucarest, professeure invitée MSH)

 

Résumé

Les études de genre ont été introduites dans l’espace universitaire roumain après la chute du régime communiste. Des facteurs divers et variés ont influencé le processus d’institutionnalisation : l’architecture et la réorganisation démocratique de l’espace académique, les monopoles et enjeux de savoir qu’on retrouve dans les autres contextes nationaux ; la circulation des savoirs et les réseaux académiques internationaux ; le contexte politique national et surtout international - avec l’adhésion à l’UE) ; des enjeux idéologiques qui relèvent davantage du contexte roumain, notamment du passé communiste. Le bilan actuel témoigne plutôt d’une institutionnalisation inachevée et fragile des études de genre, que je vais esquisser dans la première partie de mon intervention. Si les études de genre ont encore des luttes à mener pour gagner leur autonomie dans l’espace universitaire roumain, j’évoquerai ensuite les menaces créées ces dernières années par le développement de campagnes anti-genre en Roumanie (du référendum de 2018 à l’attaque directe contre l’enseignement du genre de 2020). Je dresserai un tableau des principaux acteurs et des principaux arguments mobilisés.

 

Biographie

Ionela Băluță est professeure à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Bucarest. Depuis sa thèse de doctorat en sociologie (soutenue en 2005 à l’EHESS), elle s’est spécialisée dans le domaine des études de genre, publiant de nombreux ouvrages et articles sur des sujets tels que la construction du genre au XIXe siècle en Roumanie, genre, nation et hygiénisme, les origines du féminisme roumain, genre et politique dans la Roumanie postcommuniste, la représentation politique des femmes, les politiques d’égalité de genre en Roumanie aujourd’hui. Elle a fondé le premier centre de recherche (Centre pour les politiques de l’égalité de chances) et le premier master de l’Université de Bucarest (Politiques de l’égalité des chances en Roumanie et Union Européenne, rattaché au master européen E.G.A.L.E.S.) dans le domaine de l’égalité des chances, avec une importante composante genre. Elle a été directrice de département et doyenne de la Faculté de Sciences Politiques et a coordonné ou a été membre de nombreux projets nationaux et internationaux.


Lundi 18 octobre, 17h-19h

Bâtiment S – Salle Henri Janne

Euphémisation de l’égalité de genre : les « programmes de transferts conditionnés » en Amérique latine

 

Nora Nagels (Université du Québec à Montréal, professeure invitée MSH)

 

En partenariat avec AmericaS (Maison des Sciences humaines)

 

Résumé

Depuis la fin des années 1990, tous les pays d’Amérique latine ont adopté un programme de transferts conditionnés (PTC). Ceux-ci conditionnent des subsides aux mères de foyers pauvres à la scolarisation et au suivi de la santé de leurs enfants. Ils visent, à court terme, à lutter contre la pauvreté en injectant des liquidités dans les familles pauvres et, à long terme, à rompre le cycle intergénérationnel de la pauvreté en investissant dans le capital humain des enfants.

Les plus anciens de ces programmes – Progresa (1997) au Mexique et Bolsa Familia (2004) au Brésil – incluent dans leurs objectifs l’égalité de genre et l’empowerment des femmes pour lutter contre la pauvreté. Cependant, une fois standardisé par la Banque mondiale comme « meilleurs instruments de lutte contre la pauvreté », aucun autre PTC n’intègre dans son design un objectif d’égalité de genre. Au contraire, ces programmes renforcent les legs maternalistes et parfois néo-coloniaux des politiques sociales latino-américaines (Molyneux 2007; Nagels 2016).

À partir d’une analyse institutionnaliste féministe (Mazur 2002, Staab 2017, Jenson 2020) et d’entretiens aux différentes étapes de la circulation des PTC, ma recherche montre comment les idées féministes liant l’égalité de genre et la pauvreté évoluent depuis le Mexique et le Brésil jusqu’au Pérou et la Bolivie en passant par la Banque mondiale. Les idées féministes sur le genre et la pauvreté ont d’abord été instrumentalisées dans une perspective libérale pour être intégrées dans les premiers PTC au Mexique et au Brésil. Ensuite, l’objectif d’égalité de genre a été évacué par la Banque Mondiale, qui, obsédée par les « preuves scientifiques d’impact » quantitatives, a délégitimé les connaissances féministes et de genre, surtout qualitatives. Enfin, sans objectif d’égalité de genre dans leur design, les PTC péruvien et bolivien ont renforcé les legs maternalistes et néocoloniaux de leurs politiques sociales.

 

Biographie

Nora Nagels est professeure en Développement et Coopération internationale au Département de science politique de l'Université du Québec à Montréal depuis juillet 2014. Elle a obtenu son doctorat en études du développement à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève en 2013. Elle a effectué deux stages postdoctoraux à l'Université de Montréal. Le premier financé par le Fonds national Suisse de la recherche scientifique (SNSF), s’est déroulé à la Chaire de recherche du Canada en citoyenneté et gouvernance (2013). Le second a été effectué au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM). Ses recherches portent sur le genre, les politiques sociales, le développement, la citoyenneté en Amérique latine. Elle a publié en politique comparée, sur les politiques sociales, les programmes de transferts conditionnés, le développement et le genre dans des revues comme International Feminist Journal of Politics, Revue internationale de politique comparée, Lien social et Politiques, Recherches féministes ; Social Policy and Society, Social Policy and Administration, Social Politics : International Studies in Gender, State & Society.


Wednesday 17 November, 5 – 7 pm

Building S – Henri Janne Room

Intersectional Perspectives on the Extreme Right Metapolitical Project in Sweden

 

Ov Cristian Norocel (Lunds Universitet, MSH guest professor)

 

Abstract

In this lecture, I present the main parameters of my recently started project (E-META), which aims to examine how actors of the Swedish extreme right environment (think tanks, parties, vigilante organizations, individuals) engage in a coordinated effort to construct an alternative worldview, better known as the extreme right metapolitical project. The point of departure lies in acknowledging the importance of digital technologies for the extreme right's success, oftentimes manifested as misogyny, homophobia, racism, and antidemocratic violence. The project’s aim is to maps out the digital interaction between a) the metapolitical project’s intellectual sources, b) the propagating channels, and c) the project’s digital resonance with individuals (likes, comments). I do this by means of an innovative intersectional methodological apparatus, aware of the interplay between gender, sexuality, race, and class, suitable for rich sociopolitical contextualization and ethnographic research concerning digital environments. This enables the triangulation of the analyzed digital material: they are first anchored into the broader sociopolitical and historical context, and then placed within the specific contextual situation they were created.

 

Biography

Ov Cristian Norocel is Associate Senior Lecturer in the Department of Gender Studies, and is a former MSCA postodoctoral fellow at ULB. His research applies an intersectional lens to issues of right-wing populist political communication during election periods; political discourses aimed at normalizing extreme right opinions; as well as the creation and maintenance of various power hierarchies within these discourses. Norocel has published in international peer-reviewed journals such as European Journal of Cultural Studies, Identities: Global Studies in Culture and Power, Men & Masculinities, NORA: Nordic Journal of Feminist and Gender Studies. Most recently, he has co-edited Nostalgia and Hope: Intersections between Politics of Culture, Welfare, and Migration in Europe (Springer Open).


Mardi 23 novembre, 17-19h
Salle Henri Janne 
Crise sanitaire, genre et vulnérabilités: quelle place pour le care? 

 
Nolwenn Bühler (Université de Lausanne)

 

Résumé

[En construction]

 

Biographie

Nolwenn Bühler is an anthropologist of biomedicine and health with a background in nursing. She has worked 
as a senior lecturer in gender studies at the University of Neuchâtel from 2018 to 2021. Her teaching included 
a BA introductory course and a MA thematic course focusing on the constitution, uses, and politics of the category 
of nature and the diverse ways of engaging with it from a gender perspective. She currently works as a SNSF 
senior researcher at the University of Lausanne and as a research manager at Unisanté. Her research explores current 
reconfigurations of public health research, health inequalities, and environment-health relations in the context 
of three projects: "Development of Personalized Health in Switzerland: Social Sciences Perspectives" (DoPHiS); 
SociocoViD; and ChemoAgro.
She holds a PhD in social and cultural anthropology from the University of Zurich and is the author of 
When Reproduction Meets Aging: The Science and Medicine of the Fertility Decline (2021), book based on her 
doctoral thesis, in which she dealt with the production of knowledge on reproductive ageing and the role assisted 
reproductive technologies played in it. She also explored the ontological and political effects of the medically 
assisted extension of fertility in Switzerland. Before joining the University of Neuchâtel, she spent a year as a visiting 
scholar at the Gender and Women’s Studies Department of the University of California Berkeley, followed by year 
as a research fellow in the Reproduction Research Group of De Montfort University, Leicester (UK) and a year 
as a senior research fellow at the Interface sciences-société of the University of Lausanne. Her research interests 
focus on science-society relationships, reproductive technologies, gender and kinship, body-environment 
interactions, and personalized health. In addition, as a member of the Ethical and Deontological Think Tank of 
the Swiss Anthropological Association, she is interested in the ethics of qualitative research.

Mercredi 15 décembre, 17h-19h 
Bâtiment S – Salle Henri Janne
Parcours de peine et récit de soi dans le continuum des violences de genre

 

Natacha Chetcuti-Osorovitz (Centrale Supélec - Université Paris-Saclay)


 

Résumé

À partir d’une enquête concernant le processus de mise en récit de l’expérience carcérale par les détenues en moyennes et longues peines, en France, cet exposé interrogera sur les possibilités de la production d’un discours sur soi au cœur même du parcours pénal. Produire une parole sur soi pour se libérer du processus carcéral, alors que celle-ci est prise  – voire conditionnée – à l’intérieur d’un système normatif et répressif, est un exercice complexe. En interrogeant les catégories de discours et de jugement sur lesquelles se fonde, pour chaque détenue, le couple « auteure/victime », il sera procédé à l’examen de ces catégories selon le contexte d’interaction et d’énonciation. Ce cadre analytique vient ainsi interroger les classifications juridiques et pénales de « consentement » dans leur contexte social contemporain et de leur audibilité dans le système disciplinaire.

 

Biographie

Natacha Chetcuti-Osorovitz est sociologue, maître de conférences - HDR à Centrale Supélec et chercheuse au Laboratoire IDHES (Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société, ENS-Paris-Saclay). Ses travaux portent sur le rapport entre genre et violence. Elle est l’auteure de nombreuses contributions sur les violences de genre, la sociologie carcérale, l’épistémologie féministe et le lesbianisme. Son dernier ouvrage porte sur l’expérience carcérale des femmes en longues peines : Femmes en prison et violences de genre. Résistances à perpétuité (La Dispute, 2021). Elle a dirigé avec Patricia Paperman Genre et monde carcéral : perspectives éthiques et politiques (MSH-Paris-Saclay, 2020). Natacha Chetcuti-Osorovitz coordonne avec Valérie Icard un séminaire mensuel « Genre et monde carcéral » à l’ESN-Paris-Saclay.




 BRUXELLES LAÏQUE | FESTIVAL DES LIBERTÉS

FDL

 

Dimanche 24 octobre, 15h – 17h

Internet et Intimités         

Avec                                                                                                                                                    

Renaud Maes (Université Saint-Louis)                                                                                                

Sophia Van Bauwel (UGent)                                                                                                                

Sander de Ridder  (UAntwerp)

Dans le cadre du Festival des Libertés                                                                                            

Organisé avec Bruxelles Laïque et l’Observatoire du Sida et des Sexualités.

Info et réservation ici

 

Résumé

La transformation numérique s’attache à dessiner les contours des rencontres au sein des sites ou applications. Ces outils transforment l’espace-temps de la vie sexuelle et amoureuse ainsi que les frontières de l’intime. Elles permettent une construction et une expression de soi susceptibles de libérer les personnes de certaines contraintes, rendant peut-être plus vaste le champ des possibles en matière de sexualité ou d’identité de genre, transformant aussi l’exercice et la consommation de la prostitution. Ces outils interrogent également les liens entre technologies, droit et émancipation. Nous voyons l’émergence d’applications visant à formaliser l’obtention du consentement entre partenaires, ou pour dénoncer le harcèlement de rue ou les violences conjugales. La constitution de bases de données gigantesques qui en découlent, au-delà du consentement des concerné.es, interroge les garanties données par ceux qui les gèrent, à court et long terme et la confiance des citoyen.ne.s. Celles-ci posent la question de la procéduralisation qu’ils peuvent induire ainsi que de la promesse de l’anonymat et de la fiabilité des bases de données recueillant certains éléments de ces échanges numériques. La surveillance qui s’y déploie pose des défis en termes de droit à la vie privée. Comment conjuguer autodétermination, liberté sexuelle et sécurisation des données ? Comment se construit la confiance dans ces espaces ?

 

Biographies

[En construction]